Du rejet à l’appropriation

usage du numérique dans les églises de Kinshasa

Référence bibliographique

Kanyinda Mulaja , F. Du rejet à l’appropriation : usage du numérique dans les églises de Kinshasa. Le Carrefour Congolais, 11(2), 73–92.

DOI

https://dx.doi.org/10.4314/lcc.v11i2.5

Résumé

Cet article analyse de passage du rejet à l’appropriation du numérique par les leaders religieux à Kinshasa, dans un contexte urbain marqué par l’expansion rapide des technologies de communication et une forte concurrence religieuse. A partir d’une approche qualitative fondée sur l’observation des pratiques numériques religieuses, l’analyse des discours pastoraux et des observations menés auprès de fidèles et de responsables d’églises, cette étude met en lumière les dynamiques sociales, symboliques et institutionnelles qui conduit à la transformation du rapport des leaders religieux au numérique.

Initialement perçu comme une menace morale et spirituelle, le numérique a fait l’objet d’une diabolisation dans certains discours pastoraux. Les réseaux sociaux et internet étaient parfois associés à la crainte de la perte de contrôle doctrinal et de l’érosion de l’autorité religieuse et à la diffusion d’influences jugées contraires à la foi (Campbell, 2016, p. 45). Cette perception s’inscrit dans une longue tradition religieuse de méfiance à l’égard des innovations technologiques susceptibles de perturber l’ordre symbolique et moral des communautés croyantes (Douglas, 1966, p. 12).

 Toutefois, face à la démocratisation de Smartphones et à l’intégration massive de plateformes numériques dans la vie quotidienne des fidèles, les pasteurs ont progressivement opéré une réinterprétation théologique de la technologie. Le numérique est ainsi passé du statut d’espace profane dangereux à celui d’outil stratégique au service d’évangélisation, de la visibilité ministérielle et de la mobilisation communautaire. 

Cette étude montre que cette appropriation ne constitue pas une simple adaptation technique, mais une recomposition du champ religieux urbain. Elle entraine une redéfinition des médiations du sacré, une transformation de l’autorité pastorale désormais médiatisée, ainsi qu’une reconfiguration des formes d’engagement de certains fidèles dans un espace religieux partiellement déterritorialisé. Le cas des églises Kinshasa illustre ainsi la plasticité du religieux africain contemporain face à la mutation technologique et met en évidence l’interaction constate entre foi, pouvoir et modernité numérique (Meyer, 2014, p. 78).