Cohabiter avec les nkodia : ethnoécologie des mollusques à coquilles et lutte contre la schistosomiase à Kimpese, République Démocratique du Congo

Référence bibliographique:

Bitumba Kuetakuenda, J.D. (2026). Cohabiter avec les nkodia : ethnoécologie des mollusques à coquilles et lutte contre la schistosomiase à Kimpese, République Démocratique du Congo. Le Carrefour Congolais, 11(1), 87-112

Résumé

Parler de lutte contre la schistosomiase dans la zone de santé de Kimpese, cela relève d’un défi majeur qui met l’homme devant ses responsabilités. La schistosomiase est une maladie dont les vecteurs sont les mollusques d’eau douce et qui sont nourris par les matières fécales et urines de l’homme infecté. Si sur le plan scientifique, il y a des mollusques qui sont vecteurs de la maladie, sur le plan local, il est difficile d’identifier les vecteurs d’autres mollusques qui pullulent dans les eaux de Kimpese. Faut-il détruire les nkodia pour prévenir sa santé ou faut-il cohabiter avec eux tout en préservant sa santé ? Dans cette lutte contre la schistosomiase, il y a les sciences biomédicales qui mettent l’accent sur l’élimination des mollusques (nkodia) mais, il n’est pas facile pour la population d’identifier les vrais vecteurs de la schistosomiase qu’il faut éliminer du fait que ces nkodia sont utiles pour la satisfaction d’autres besoins. Cet article se veut une contribution dans la lutte contre la schistosomiase qu’en lieu et place de l’élimination qui mettrait l’écologie en péril, le rapprochement de l’homme avec les nkodia (cohabitation) permettrait de s’appuyer sur les différents usages liés aux nkodia (savoirs locaux) pour arrêter les stratégies de lutte contre la schistosomiase. Les liens que l’humain tisse avec son environnement tel que développé par Descola dans ses études sur les populations amazoniennes et la nature (l’écologie des relations), il est possible d’essayer de vivre avec les nkodia dans la mesure où toutes les activités à Kimpese sont tournées vers les eaux, lieu de contamination aux schistosomes. Les communautés ayant un contact permanent avec les eaux infectées et lorsqu’on sait que la schistosomiase ne peut s’attraper qu’au contact de ces eaux ce rapprochement peut permettre aux communautés d’interagir avec les nkodia dans la lutte contre la schistosomiase tout en s’appuyant sur les travaux d’épidémiologistes qui ont identifié les sites avec les vecteurs.

 

Abstract

Discussing the fight against schistosomiasis in the Kimpese health zone is a major challenge that forces people to face up to their responsibilities. Schistosomiasis is a disease carried by freshwater mollusks that feed on the feces and urine of infected humans. While scientifically speaking there are mollusks that are vectors of the disease, at the local level it is difficult to identify the vectors of other mollusks that thrive in the waters of Kimpese. Should nkodia be destroyed to protect health, or should we coexist with them while preserving our health? In the fight against schistosomiasis, biomedical science emphasizes the elimination of mollusks (nkodia), but it is not easy for the population to identify the true vectors of schistosomiasis that need to be eliminated, given that these nkodia are useful for meeting other needs. This article aims to contribute to the fight against schistosomiasis by suggesting that, instead of elimination, which would jeopardize the ecology, bringing humans closer to nkodia (cohabitation) would make it possible to draw on the various uses associated with nkodia (local knowledge) to develop strategies to combat schistosomiasis. The links that humans forge with their environment, as developed by Descola in his studies on Amazonian populations and nature (the ecology of relations), it is possible to try to live with nkodia, given that all activities in Kimpese are centered around water, which is a source of schistosomiasis contamination. Communities that are in constant contact with infected water and given that schistosomiasis can only be contracted through contact with this water, this rapprochement could enable communities to interact with the nkodia in the fight against schistosomiasis, while drawing on the work of epidemiologists who have identified the sites with vectors.