par Julie Ndaya Tshiteku
Même si les contributions de cette nouvelle édition du Carrefour congolais abordent différents sujets, nous l’avons intitulée « Les paradoxes congolais », car plusieurs articles de ce numéro posent cette question. Les auteurs s’interrogent sur les raisons pour lesquelles la RDC n’applique pas localement les conventions auxquelles elle souscrit : quid de la sécurité, de la contextualisation des stratégies de lutte contre les maladies, du rôle de ceux que nous avons choisis pour nous représenter, ou encore de ce que les populations font pour se nourrir, améliorer leurs conditions de vie ou revendiquer leur identité.
Malonga Kakose Justin et Malonga Kakose Juré examinent la protection des enfants exposés à la mendicité. Ils constatent que, malgré l’existence d’un cadre juridique sur l’enfant et l’adhésion de l’État congolais aux instruments internationaux, l’enfant congolais est de plus en plus exposé au phénomène de la mendicité. Leur article analyse les causes structurelles et conjoncturelles, les limites institutionnelles ainsi que les conséquences sociopolitiques et psychosociales de cette situation sur l’enfant.
Dans « Réponses communautaires à la déforestation : entre résilience et recomposition sociale », Eloso Muntsiku Christian examine la question environnementale dans un contexte où les débats sur le réchauffement climatique sont en vogue au niveau international et où les crises sont perpétrées par la mauvaise gestion des ressources naturelles et de la biodiversité. Il montre que la République démocratique du Congo n’est pas épargnée par la déforestation, tant en milieu rural qu’en milieu urbain, avec toutes les conséquences que l’auteur soulève dans son étude.
De son côté, Milunda Kadikadi examine les fondements légaux et les réalités pratiques des fonctions des parlementaires en RDC. Le Parlement étant une institution qui joue un rôle crucial dans l’élaboration des lois et le contrôle de leur exécution, l’auteur relève les lacunes des députés nationaux qui entravent l’accomplissement de leur mission.
L’article de François Kabemba Nziki propose une réflexion sur les différents programmes mis en œuvre pour l’amélioration des conditions de vie de la population, comme le Fonds social pour les personnes vulnérables. L’auteur rapporte que, bien que cette initiative constitue une décision salvatrice du point de vue légal, elle n’a aucun impact réel sur les plans social et économique.
Isaac Ngola Mbuli, Mbaya Mvumbi et Bansenga Tshibangu examinent l’insécurité des diplomates dans le monde en prenant le cas des incertitudes autour des enquêtes judiciaires sur le meurtre de l’ambassadeur d’Italie en RDC. Les auteurs soulèvent les défis auxquels sont confrontés les gouvernements dans leurs efforts pour assurer la sécurité et rendre justice.
L’article de Muyingi Ngituka et Manansanga offre une alternative pour améliorer la rentabilité de la micro-entreprise. Cette proposition est développée à partir d’une étude sur les élevages domestiques de porcs dans la commune rurale d’Idiofa. Les auteurs ont constaté un manque d’auto-prise en charge, induisant une gestion technico-économique peu rentable. L’étude propose le self-help comme modèle. Ils plaident pour de nouvelles recherches et exhortent à l’implication des médias sociaux pour la vulgarisation de ce nouveau paradigme et son extension à d’autres activités du quotidien ménager.
Dans « Exode rural et intégration des jeunes dans la ville de Kinshasa », Ngoyi Katambwe s’interroge sur les principaux déterminants ou causes de l’exode rural des jeunes vers la ville de Kinshasa. Il examine les logiques individuelles et collectives qui poussent les jeunes à abandonner le milieu rural pour la ville, ainsi que les modes d’intégration et les conséquences qui en découlent.
L’article « Cohabiter avec les nkodia : ethnoécologie des mollusques à coquilles et lutte contre la schistosomiase à Kimpese, République démocratique du Congo », de Bitumba Kuetakuenda, examine les tendances actuelles dans la lutte contre la schistosomiase, une maladie causée par les nkodia. Ces derniers sont des mollusques d’eau douce qui se nourrissent de matières fécales humaines. Pour lutter contre eux, certaines approches biomédicales mettent l’accent sur leur élimination. La question à laquelle l’auteur cherche à répondre est de savoir s’il faut détruire les nkodia ou cohabiter avec eux, étant donné que leur élimination peut avoir des conséquences écologiques. Il propose de s’appuyer sur les savoirs endogènes dans la recherche de stratégies de lutte contre la schistosomiase.
Toujours dans le domaine de la santé, l’article intitulé « Évaluation du niveau des connaissances, attitudes et pratiques des femmes en âge de procréer par rapport à l’infection à Toxoplasma dans la commune de Mont-Ngafula, à Kinshasa », de Lukoki Yves, Losenga Lambert, Tshinguta Charlotte, Maswangi Patrick, Woto Isaac, Bongenya Berry et Kamangu N. Erick, montrent que la toxoplasmose expose les femmes et les fœtus à de graves risques. À partir d’entretiens menés entre mai et juin 2025 auprès d’un échantillon de 160 femmes en âge de procréer, les auteurs révèlent qu’un pourcentage élevé d’entre elles n’avaient jamais entendu parler de la toxoplasmose, ignoraient son agent causal et méconnaissaient ses modes de transmission. Il en résulte des pratiques à risque, comme la consommation d’aliments crus, qui accroissent la contagion. Les auteurs estiment qu’une intensification de l’éducation sanitaire s’impose.
Bula Kaarp examine la dynamique religieuse dans la ville de Kinshasa et en relève des différents paradoxes. D’ une part une crise écologique marquée par la disparition progressive des espaces verts et d’ autre part une expansion sans précèdent dans l’ histoire du Congo de la recherche des espaces verts, des forêts par des églises pentecôtistes comme lieux propices à la prière. Son article analyse les logiques sociales, symboliques et spatiales à l’œuvre dans cette tension entre spiritualité populaire et écologie urbaine à Kinshasa.
Enfin, toujours dans le domaine du religieux, l’article d’Atange Mbongo Enosch sur la religion est basé sur ses observations au sein d’un mouvement religieux nommé la religion des Noires Vuvamu. L’auteur rapporte plusieurs éléments relatifs aux comportements et attitudes qui distinguent les fidèles de cette religion des non-adeptes. Il illustre notamment certains aspects caractéristiques du mariage, du vécu de la grossesse et de l’accouchement, de la vie sexuelle des femmes et du deuil.